L’IMAGE D’APRÈS

Voici le film de 26 min. que j’ai réalisé aux ateliers Varan très récemment :

L’image d’après.
Un voyage interne et imaginaire dans la cabine d’une jeune projectionniste…

 

Les ateliers Varan

J’ai l’immense plaisir d’être actuellement en formation intense « réalisation de documentaire » aux ateliers Varan.

Mon film de 30 min. (env.)  sera présenté le 22 février dans la salle de projection des ateliers.
J’ai filmé un jeune projectionniste 35 mm qui nous fait rentrer doucement dans son imaginaire fait d’images en mouvement et d’images fixes, de fantasmes de sensations, et qui nous amène dans un autre monde par delà l’image projetée.

PROJECTION, projet transmedia

Projection est l’histoire d’Oscar.

L’histoire d’Oscar est celle d’un homme qui a un problème avec le réel, et qui aimerait être un autre, n’importe qui d’autre.

Le réel d’Oscar est celui d’un homme hanté par la beauté d’une femme.

Elle l’aime, il l’aime, mais la réalité les empêche de s’aimer.

Si Oscar n’était pas Oscar, cette femme ne serait pas sa sœur.

Oscar est une projection de lui-même.

Projection est une histoire transmedia :

 

Un film photographique

Un roman cinématographique

Une exposition sonore & photographique

Une fiction radiophonique

 

Mathias Walter, auteur réalisateur.

 

PROJECTION, un roman cinématographique

AVANT PROPOS

Projection n’est pas un roman, c’est un film porté sous la forme libre du roman. C’est un roman de cinéma.

L’histoire d’Oscar n’est pas une histoire d’inceste, c’est une histoire d’amour, de désir et de souffrance.

Ce livre est une photographie écrite avec des mots.

PROLOGUE

Une petite église improbable, à la tombée du jour. Quelques fidèles dans la salle. Ils sont tous habillés de noir et portent une capuche. C’est une atmosphère étrange qui règne ici. À la place de l’autel, un homme au corps fin est assis sur un fauteuil, presque inerte. Il  est vêtu lui aussi d’ un costume noir et son allure ressemble à celle d’un prêtre.

Une femme entre brusquement, brisant le calme ambiant. Elle se dirige droit vers l’homme, quelques yeux se retournent vers elle. La grâce féline en robe courte moulante et talons hauts, comme sortie d’une photographie d’Helmut Newton, fond sur lui comme un rapace sur sa proie. Elle l’attrape et le lève des deux mains, lui lèche le visage longuement – une panthère goûtant le sang de l’animal qu’elle vient d’attraper à la gorge.

Une fois son festin terminé, elle le laisse retomber sur son siège, lui lance un dernier regard de complaisance et sort, naturellement.

Début de l’histoire d’Oscar.

OSCAR

Dans un petit studio parisien rempli de livres, un peu crasseux, l’homme, celui de la scène précédente, est endormi sur sa vieille machine à écrire, à moitié K.O. L’homme, c’est Oscar Lima, la trentaine et le style écrivain, chemise noire et pantalon de marque, pas repassés. Il marmonne, relève doucement la tête, la marque des touches est inscrite sur sa joue. Il tient une bouteille de Scotch vide à la main. Ses yeux ont du mal à s’ouvrir, ils sont collés comme ceux d’un enfant au réveil. Leur expression est vide de sens, comme peut l’être une vie passée à se prendre pour un autre. Un autre écrivain qui serait lu, et dont on attend la dernière édition avec envie en librairie. Il regarde sa bouteille comme si c’était une vieille amie d’enfance, scrute son environnement immédiat et repère une boite de pilules roses sur la table. Il en gobe quelques-unes.

Il tape à la machine.

«Je m’appelle Oscar, et je suis un autre.»

Oscar sort de chez lui, il marche dans les rues et se pose dans un café. Il regarde les gens passer et  arborer un air triste. Voici un homme isolé dans un environnement surpeuplé. Portraits photographiques de visages pluriels dans le bar, d’autres passent dans la rue bouillonnante, l’allure molle et  morne du Parisien.

La solitude d’Oscar se ressent, elle pèse lourd, trop lourd pour sa silhouette fine et fragile.

Les visages continuent à défiler dehors. D’autres sont heureux et affichent de la sérénité en cette journée de printemps parisien, entre pluie improbable et rayons lumineux rares et timides.

Une femme obèse avec un visage de crapaud taureau ferme la marche du flux de passants, Oscar s’attarde sur elle. Sa laideur le prend aux tripes, il se demande comment pourrait être sa vie sociale, si elle en a une. Ses vêtements et son allure, ainsi que quelques poils gros comme du crin qui lui poussent sur le menton par-ci, par-là,  laissent deviner une existence assez modeste et un travail ingrat. Une concierge ? Non, il n’y en a plus à Paris.

Une inspectrice de l’URSSAF, telle la dame qui le harcèle pour des AGESSA impayées depuis des années, un temps où il a reçu des droits d’auteurs pour son premier roman, immédiatement engloutis dans des dettes encore plus anciennes. Il se dit qu’elle ferait un bon personnage de fiction, et il  tente de faire appel à la partie de son cerveau qui gère l’imaginaire. Par effort de concentration, il retrouve un chemin de synapses, il cherche, cherche, fouille dans sa matière grise, plus profond que profond, mais rien, le vide.

Il se fatigue d’une telle recherche, de l’obscurité dense et presque palpable qui lui envahit l’œil. Fondu au noir. Deux neurones lâchent et il manque de s’évanouir. Il se reprend, ouvre les yeux. Combien de temps a t’il été absent de lui-même ? Des heures, des minutes, des secondes ? De l’obscurité de suie noire opaque ressort une silhouette de femme. Une forme parfaite de femme nue dessinée par Bilal. La fumée se dissipe et il aperçoit le visage doux amer et le corps longiligne et diabolique de sa sœur.

Est-il encore évanoui ? Comment ses neurones peuvent-ils passer de cette femme crapaud ignoble à la perfection visuelle de l’objet inavouable de ses fantasmes ?

Note d’intention du projet transmédia

Feuilleton littéraire

Roman cinématographique