Interview du magazine Dzeriet à Alger (février 2010)

Dzeriet : Comment et pourquoi avez-vous commencé à photographier ?

MW : À 10 ans, j’ai reçu un «KODAK DISK», c’était un appareil compact rudimentaire avec des pellicules sous forme de disque. Mon père était photographe amateur et m’as appris un peu la photo. À l’époque, je photographiais mon chat ! Enfant, je vivais dans mon monde imaginaire, et j’aimais garder trace de ce qui m’entourait. Puis à l’adolescence, j’avais des photos de tops models (Christy Turlington et Cindy Crawford) affichées sur mon mur, j’ai donc commencé naturellement par la mode. Mais au départ je voulais faire du cinéma !

Comment avez-vous appris ?

Je faisais des photos depuis petit, mes parents avaient même un agrandisseur dans la salle de bain. En fac, j’ai fait de la littérature US, j’ai donc décidé de me perfectionner en prenant des cours du soir. J’étais sur les bancs de la fac d’Anglais la journée, et le soir à l’école photo. Puis j’ai fait l’armée à l’ECPA (ÉTABLISSEMENT CINÉMATOGRAPHIQUE ET PHOTOGRAPHIQUE DES ARMÉES) en France, on y apprend beaucoup de choses, j’y ai notamment appris la caméra et la lumière, et le labo. Ensuite j’ai assisté beaucoup de photographes, je partais dans le monde entier, et j’ai également appris d’autres techniques.
J’ai aussi fait un peu de cadre sur la 5e chaine, et même de la direction photo pour des clips.

Où puisez-vous votre inspiration ?

Beaucoup du cinéma, ma vraie passion ! J’aime beaucoup les films de David Lynch, David Cronenberg, Atom Egoyan, Jim Jarmusch. En photographes, j’aime surtout Helmut Newton, Guy Bourdin, Saul Letter, Paolo Roversi. En littérature, Paul Auster, Sherwood Anderson, Dashiel Hammett… Je vais très souvent au cinéma, je lis, je me promène, je regarde les gens dans la rue, les filles, leurs manies, leurs rites… Je suis beaucoup dans mon monde, pas tellement ancré dans la réalité, qui m’ennuie un peu… En ce moment, je m’inspire beaucoup du monde réel, je décris la fin d’un système, par exemple, je suis rentré chez Gamma, une agence de photojournalisme mythique, et j’ai voulu y raconter le monde de la mode d’un autre point de vue, pas celui d’un photographe de mode. L’agence est d’ailleurs en train de disparaitre au profit d’agence de «stock» américaines, c’est dommage, j’aimais bien l’ambiance là bas. Je m’inspirais de la vie des journalistes par exemple, ce sont des personnages très drôles !

Quels sont les photographes que vous admirez ?

Je l’ai dit plus haut, j’aime surtout Helmut Newton, Guy Bourdin, Saul Letter, Paolo Roversi.
Pour moi, Newton était extraordinaire ! Il a tout inventé, en tout cas la photo de mode moderne.

Quelles sont les particularités de la photo de mode ?

C’est de la fiction, contrairement au photojournalisme où l’on se contente de reporter, raconter ce qui se passe, sans pouvoir vraiment interpréter. La mode, ça permet tout ! C’est la liberté photographique !
Et c’est aussi une vraie vision de la femme moderne, je dirais même qu’elle porte mal son nom, on devrait parler de photo de fiction, comme en ciné ! Ou alors de photo de femmes… Pour moi, la mode est une étude sociologique du monde à travers les femmes du monde entier, pas seulement les mannequins, mais aussi les stylistes… C’est très intéressant !

D’après vous, quelles sont les qualités qui sont demandées pour être un bon photographe de mode ?

Actuellement, aucune ! Non, je plaisante. Pour moi, la mode est un sujet difficile, les photos ne durent que quelques jours et mettent souvent du temps à se faire. Les gens en ce moment travaillent trop vite, ne pensent pas à ce qu’ils vont faire, ont toujours la tête ailleurs, et sont très peu concentrés. Ils ont l’impression que, parce que la fille est belle, la photo va se faire toute seule. Or ça n’est pas le cas.
Il faut penser à une action, sinon la fille, si jolie soit-elle, a l’air idiot. Puis il faut travailler les lumières, savoir regarder la fille aussi bien avec les yeux qu’avec son esprit, son désir. C’est cela que l’on a tendance à oublier, que toute photo nait d’un désir, dans le cas de la mode, ce désir se transforme en énergie créative. Il ne faut pas faire n’importe quoi avec son désir ! Sinon ça donne quelque chose de plat, d’ennuyeux, comme on en voit trop souvent en ce moment dans les magazines. Des jolies filles qui posent la bouche entrouverte sur un fond blanc, sans rien raconter de plus. Moi je trouve qu’il faut toujours rajouter une pincée de sel, ça relève le goût ! La mode a d’ailleurs beaucoup perdu ces derniers temps. Il faudrait revenir à de vraies histoires, des belles filles, pas ces allumettes que l’on trouve sur les podiums, insipides et sans étincelle dans le regard.

Que vous a apporté le fait de participer comme inviter d’honneur aux journées de la mode à Constantine ? (sur le plan professionnel, humain, ..

J’ai beaucoup aimé cette expérience ! Je ne savais pas du tout à quoi m’attendre. C’est un ami à Alger, Vincent Garrigues, un ancien journaliste, qui me l’a proposé. Sachant que c’était lui, j’ai dit oui les yeux fermés ! Je ne regrette pas du tout. Moi et mon équipe avons vraiment beaucoup ri ! Les gens étaient agréables, heureux, et très drôles ! Le jeune styliste, Zino, était très marrant ! Ça faisait très colonie de vacances par moments ! Tous les invités et toute l’équipe du CCF ont été adorables, et accueillants.
J’ai quand même réussi à faire mon film et mes photos, et je crois que le film reflète bien ce que nous avons vécu, il est très vivant, avec un humour un peu décalé.

Quels sont vos projets ? Comment imaginez-vous la suite de votre parcours ?

Justement, je pars à New York dans quelques heures ! J’ai envie de continuer à raconter mes histoires, ou celles des autres. Je crois que je vais faire un tour du monde de la mode, j’adore faire des films, c’est parfois plus parlant et plus poétique que la photographie. Surtout qu’en ce moment, mes deux passions se rejoignent, je peux faire des films avec un appareil photo, c’est assez incroyable ! Du coup je travaille beaucoup dans ces deux médias, c’est un rêve qui se réalise, et je compte bien en profiter un maximum !

Après les USA, j’irais surement en Amérique du Sud, soit au Brésil (j’y ait un reportage de mode en cours, le Rêve de Cendrillon, sur de très jeunes filles qui rêvent de devenir mannequins), soit à Buenos Aères. En tout cas, je n’ai pas envie de rester en France, le pays est en hibernation totale et c’est la crise, je m’ennuie, il n’y a rien à y faire… Il ne se passe pas grand-chose, alors je vais voir ailleurs.

En fait, j’irai partout où l’on me propose d’aller ! Comme a dit Oscar Wilde, «il faut toujours être légèrement improbable». Cela s’applique bien à la photo et à ce que je fais !

J’ai aussi recommencé à écrire, et je suis au début de l’écriture d’un long métrage, qui sera l’histoire d’un photographe de mode ! J’ai envie de raconter ce métier bizarre de l’intérieur. Le fim sera drôle et étrange, à l’image de la photo de mode, et avec une très belle lumière !
En photo, je vais me concentrer sur les expositions, avec, j’espère, une prochaine à New York. Celle de janvier à paris, «ERRANCE & LUXE», a très bien marché, j’étais très content et cela m’a donné envie d’en faire d’autres, plus grandes, plus belles !

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