UNE INCONNUE DANS LE TRAIN

UNE INCONNUE DANS LE TRAIN

 

Ce matin je prenais le train à la gare de Lyon très tôt pour Cannes. Après les quelques aléas désormais récurrents de la SNCF (machines récalcitrantes, surpeuplement en gare, énervements, pas de places assises, surbooking et j’en passe), je monte dans mon train pile-poil et me mets en quête d’une place assise, juste après avoir lu avec joie que sur mon ticket était inscrit :

«places selon disponibilités»…

Le train en cette période estivale était bien entendu complètement plein et je commence déjà à me dire que la journée s’annonce mal. Il était 6h47.

Et là, presque tout de suite, j’aperçois une place qui non seulement semblait inoccupée, mais qui en plus était à côté d’une très jolie fille qui trifouillait dans son sac. J’ose à peine lui lancer un de ces « est-ce que la place est libre ? » qu’elle me répond oui, contre toute attente, et ce, avec le plus grand et le plus joli des sourires, ce qui a pour effet d’augmenter considérablement le charme déjà perceptible de la demoiselle.

Je m’assois donc, heureux, soulagé, et assez charmé.

Et je me dis dans mon for intérieur, que j’ai quand même une bonne étoile qui veille sur moi, car non seulement je trouve une place à côté de la plus jolie fille de tout ce train, mais qu’en plus elle semble très sympathique, fait assez rare pour une jolie fille habituellement habituée à rembarrer les gêneurs…

Ses yeux étaient incroyablement verts, d’un vert de jade pur, et ils annonçaient un contraste merveilleux avec ses cheveux d’un noir jais et sa peau légèrement bronzée des filles du sud, saupoudrée de quelques grains de beauté. Nous échangeons quelques mots de politesse, sa voix était douce et claire, même un peu chantante.

Je lui demande où elle se rend, elle me répond à Nice. Moi j’allais à Cannes. Étrange, les 30 kms qui séparent ces deux villes semblaient soudain infranchissables. Elle semblait assez jeune, peut être 20 ou 22 ans. Elle était fine et gracieuse, coiffée un peu comme une icône de la Nouvelle Vague, elle arrivait à mélanger parfaitement une beauté simple et naturelle, avec un petit côté légèrement apprêté des filles de Nice.

Comme tout parisien d’adoption, je me fais une image de Nice comme d’une ville où il fait toujours beau, où les gens sont gentils et polis (tout le contraire de Paris en somme), et où la plage est peuplée de filles aussi belles et bronzées qu’elle. Il faut dire que le soleil rend beau !

Il est même probable que si nous avions le soleil et la plage à Paris, les petites Parisiennes seraient un peu plus belles et plus fraîches, et peut-être même plus sympathiques… Mais là encore je m’égare. Revenons à elle, la fille du train, ma voisine pour cinq heures et deux minutes de chemin dans ma vie et dans la sienne, mon petit bonheur du jour.

Bien que le fait d’avoir trouvé une place assise constituait en soi une satisfaction suffisante à ma journée, en plus du fait d’aller faire des « relations publiques » à Cannes au Festival de la Photo de Mode, ce qui est toujours assez plaisant à faire, j’allais expérimenter une autre sensation agréable, d’une extrême subtilité.

L’ inconnue du train, ayant tapoté quelques mots sur son iPhone, probablement d’ailleurs à son copain (c’est bien là son seul défaut), elle se tourne un peu pour mettre sa joue contre son siège, opérant une rotation sur sa hanche gauche un peu dénudée au niveau du haut de la pointe de l’ os iliaque (là où la courbe des femmes est la plus belle), ce qui a pour effet de coller le haut de sa cuisse contre la mienne, puisque que, par chance, l’accoudoir central était remonté. Ce contact assez sensuel entre cette partie de son corps et le mien a pour effet de faire monter en moi une chaleur assez indescriptible, partant précisément du point de contact. Je me dis à ce moment qu’elle va finir par s’en rendre compte et s’enlever, gênée. Mais au contraire dans un autre mouvement de hanches elle s’appuie encore un peu plus contre ma cuisse. Ça n’avait pas l’air de la déranger outre mesure de se coller ainsi à un étranger. La chaleur qui se dégageait de son corps rempli de soleil m’était transmise par le point d’impact commençait à remonter et à m’envahir doucement. C’était assez incroyable cette force sensuelle que cette fille dégageait, rarement j’ai ressenti ce sentiment et ai été charmé par ce subtil mélange de grâce, beauté et sensualité. En ça elle me rappelait un peu une fille que j’ai connue, laquelle était probablement la fille la plus sensuelle que je n’avais jamais rencontrée jusqu’à présent.

Grâce à ce contact fortuit et inattendu, elle m’a fait grâce d’un petit bonheur d’une extraordinaire sensualité.

Et comme toute bonne chose à une fin, elle finit par se décoller un peu, laissant entre nous un espace qui semblait grand comme le désert de Gobi.

Comme pour me souvenir de ce moment, je pris quelques photographies d’elle avec mon Leïca. On ne verra pas son visage, car elle est tournée dans l’autre sens. Je ne peux apercevoir que son épaule et ses petits grains de beauté, mais moi je me rappellerai toujours ce moment simplement exquis, et ça sera d’ailleurs un de ces rares moments où j’ai pu associer un sentiment si concret à une photographie, la mode et les mannequins étant malheureusement trop souvent dépourvus de la moindre émotion.

Mathias Walter, le 03 juillet 2009

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